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Matthieu Hély et Pascale Moulévrier, L’économie sociale et solidaire : de l’utopie aux pratiques

Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2014

Lionel Francou, maggio 2014

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Compendio :

Matthieu Hély et Pascale Moulévrier portent un regard critique sur ces trois caractéristiques de l’économie sociale et solidaire, qu’ils qualifient de mythes. Après avoir mis à plat les limites de ces représentations largement partagées, ils démontrent que ces organisations, loin de constituer une troisième voie autonome, sont à l’interface de l’État et des entreprises. Ensuite, ils mettent en avant la difficulté qu’elles rencontrent pour conserver leur spécificité tout en se développant et en se professionnalisant, ainsi que la façon dont leurs travailleurs tirent profit d’un tel travail, en termes de valeur symbolique autant que matérielle. Pour les auteurs, « l’économie sociale [est] la forme dominée d’une économie dominante », elle fait donc partie du système capitaliste. Elle rencontre un certain succès en temps de crise, tant aujourd’hui que par le passé, car elle « dispose d’une faculté d’adaptation perpétuelle qui lui permet de présenter des visages différents, selon la conjoncture » (p. 22), tirant profit du flou qui entoure sa définition et ses propriétés.

L’ouvrage est divisé en quatre chapitres. Le premier déconstruit les trois mythes de l’économie sociale et solidaire évoqués ci-dessus et souligne que les frontières entre le secteur public, le monde de l’entreprise et l’économie sociale et solidaire sont « poreuses ». Le deuxième porte sur l’enjeu que représente la prise en charge de l’intérêt général que l’État social a massivement garanti durant les Trente Glorieuses, avant de laisser progressivement sa place, dans toute une série de domaines, aux entreprises capitalistes et aux organisations de l’économie sociale et solidaire. Le monde associatif emploie dès lors des salariés pour mettre en place « les missions du public dans les conditions du privé ». Dans un contexte où l’État doit réduire sa voilure, on assiste ainsi à son « réengagement » au travers d’organisations qui prennent en charge l’intérêt général. Le troisième chapitre s’intéresse à la façon dont ces organisations cherchent à se différencier. Cela s’avère d’autant plus impérieux que ces dernières se développent et que le salariat y devient la norme, ce qui accroît la hiérarchisation des relations de travail. Dans le même temps, elles doivent faire montre de leur utilité sociale pour convaincre les bailleurs de fonds du bien fondé de leur action. Pour ce faire, ces organisations doivent aussi mettre en place des outils qui permettent d’objectiver et de quantifier les résultats des actions qu’elles mènent. Le quatrième et dernier chapitre, intitulé « Servir la cause et s’en servir », déconstruit le rapport au travail des salariés de l’économie sociale et solidaire, qui pensent faire « autrement » sans que ce ne soit nécessairement le cas. Si le travail dans ces organisations est probablement porteur de plus de sens, il est également (avant tout) un moyen de gagner sa vie. Pour certains, les salaires, plus faibles que dans le privé ou dans le public, sont compensés par la satisfaction de contribuer à une cause jugée utile, de façon relativement désintéressée. Mais, pour d’autres, qui sont au bas de la hiérarchie, la spécificité de leur emploi n’est pas une évidence ; ils sont « désintéressés au désintéressement ».