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ESS, économie collaborative et communs : d’une audace à l’autre

Ouishare Fest, 21 mai 2016

Valérie Peugeot, juin 2016

Lire l’article complet sur : vecam.org

Résumé :

… le début du 21ème siècle, en pleine révolution numérique, accouche de ce qu’on appelle l’économie collaborative. Comme l’ESS, les acteurs et promoteurs de l’économie collaborative entendent transformer le capitalisme de l’intérieur. Comme l’ESS, ils imaginent, cette fois-ci en s’appuyant sur des technologies numériques, penser sur un modèle décentralisé, distribué. Mais à l’inverse de l’ESS, l’économie collaborative ne s’intéresse pas tant aux moyens de production et à leur gouvernance, mais à la consommation et sa refondation. Après 50 ans de société de consommation, et en pleine transition écologique, leur horizon utopique n’est pas tant de produire pour tous, mais de consommer mieux. Mieux, c’est-à-dire plus humainement, plus écologiquement, plus frugalement.

En 2016, où en sommes-nous ?

L’ESS est à la fois un succès et un échec. Un succès car elle a survécu aux tribulations de l’histoire, à l’écroulement des économies administrées et là où elle agit, permet parfois – mais pas toujours, ne faisons pas d’angélisme – de porter une économie plus humaine, plus juste ; c’est aussi partiellement un échec, car elle occupe un poids finalement relativement marginal dans l’économie contemporaine.

L’économie collaborative, encore toute jeune, est également un succès et un échec pour les raisons exactement inverses. Un succès car elle pèse d’un poids économique qui ne cesse de croître et dérange les acteurs économiques historiques, et parce qu’elle invente des services qui simplifient nos vies quotidiennes. Un échec, car sa valeur ajoutée sociale en termes de transformation des modes de consommation reste marginale. Un échec car elle se fait avaler progressivement par un certain capitalisme radical, le capitalisme informationnel, qui au lieu de construire un monde distribué, horizontal conforme aux visions des pères fondateurs des technologies numériques des années 1980, fait pousser des monopoles planétaires.

L’une comme l’autre échouent à transformer un capitalisme qui plus que jamais nous emmène à dévorer notre écosystème et plonge des pans entiers de population dans la pauvreté, la précarité et la désespérance.

Alors, faut-il attendre encore 150 ans pour la prochaine tentative, laisser l’ESS vaquer aux marges et l’économie collaborative rejoindre la partie la plus prédatrice du capitalisme ? Et continuer de rêver d’un autre monde sans le faire ?