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Note de Lecture de L’impératif de Résilience : coopérer pour une transition vers une économie à état stable, Michael Lewis et Pat Conaty

Yvon Poirier, octobre 2012

Résumé :

La plupart, sinon la totalité, des exemples répertoriés dans le livre, ont en commun une solidarité entre populations et organisations diverses du même territoire. Dans la grande majorité des cas, les activités se sont développées afin de répondre aux besoins de populations défavorisées, par exemple l’accès à des logements pour des familles à revenus modestes. Même si le livre traite de moins d’exemples dans les pays du Sud, nous savons par plusieurs des exemples cités dans notre bulletin, que l’approche est la même. Nos bulletins témoignent d’exemples de ce genre comme ASSEFA en Inde 60, les coopératives au Mozambique 19, les usagers de la forêt au Népal 17, ou encore l’économie sociale dans les zones rurales en Chine 81. Nos bulletins témoignent aussi des rapprochements qui se construisent entre des organisations de base de différents pays, pour s’informer, s’entraider et porter des plaidoyers ensemble.

Les deux auteurs du livre que nous vous présentons et que nous côtoyons, ont systématisé ces exemples, ainsi que de nombreux autres, afin de démontrer qu’il est possible de vivre autrement, sans une course effrénée à la croissance, destructrice des écosystèmes de notre planète. Sans parler de l’épuisement accéléré des ressources de la planète terre.

Le livre permet d’entrevoir, à partir de ce qui existe déjà, un mode de vie différent, que les auteurs désignent comme «économie à état stable», qui serait respectueux de l’ensemble de la population humaine, prenant en mains leur avenir et leur organisation, dans toutes les régions de la planète.

Les deux auteurs du livre, The Resilience Imperative: Cooperative Transitions to a Steady-State Economy, Michael Lewis du Canada et Pat Conaty du Royaume-Uni, réussissent le tour de force d’analyser la situation socio-économique actuelle et de démontrer que dans les pratiques alternatives déjà existantes, nous avons ce qu’il faut pour prendre un virage vers une société respectueuse des communautés humaines et de la planète elle-même.

À partir de données déjà existantes, ils démontrent clairement que le modèle de développement actuel, basé sur la croissance n’est pas tellement le fruit du modèle capitaliste en soi, mais plutôt le résultat de l’exploitation d’une énergie quasi gratuite qu’est le pétrole. Comme ils le disent allégoriquement, c’est comme si on avait trouvé un trésor caché dans le sous-sol de notre maison. Nous nous en servons, du moins pour une partie de l’humanité, et le dépensons sans compter. Nous avons ainsi consommé à une vitesse vertigineuse les ressources de la planète, les ressources naturelles, l’eau et les océans, ainsi que les terres et tous les écosystèmes. En moins de 2-3 générations, l’impact aura été plus grand que toute l’activité humaine sur la planète terre depuis le début de la vie. Le système capitaliste, tel que nous le vivons aujourd’hui, en particulier sa version néolibérale, accentue cette course effrénée de consommation et de dilapidation des ressources et nous approchons du précipice.

Or, la preuve scientifique établit sans conteste que non seulement ce n’est pas un modèle viable, mais que l’avenir de la vie elle-même sera grandement perturbé, entre autres par le réchauffement de la planète, devenu quasiment irrémédiable, à moins d’un virage majeur et rapide. À ce titre, nous aimons bien une citation de Kenneth Boulding rapporté dans le livre. Après avoir expliqué que nous vivions dans un monde aux ressources finies et non pas infinies, il déclare «Quiconque croit que la croissance économique peut continuer indéfiniment est soit un fou, soit un économiste!». Il faut s’excuser auprès des «vrais» économistes qui savent, évidemment, que c’est un dogme, basé sur une idéologie, qui n’a aucune base scientifique.

Les alternatives existent

Les auteurs expliquent que la prise de conscience qu’il faut adopter un mode de vie plus respectueux des humains et de la vie, est ancienne. Déjà aux 18e et 19e siècles, de nombreux auteurs ont proposé d’autres visions, souvent qualifiés d’utopistes et d’idéalistes, mais qui souvent ont débouché sur des réelles alternatives. Par exemple, Robert Owen qui aura inspiré la première coopérative à Rochdale en 1844.

Face aux crises économiques, aux écarts grandissants entre riches et pauvres, au chômage, dans les 30 à 40 dernières années, des prises de conscience ont été réalisées qu’il fallait se donner des organisations respectueuses des valeurs humaines et de développement durable. Les auteurs présentent de nombreuses réussites à cet égard :

Seikatsu Club Cooperative Union au Japon. Initié en 1968 par des femmes, aujourd’hui regroupe 32 coopératives, avec 350 000 membres qui achètent directement aux producteurs pour leurs besoins alimentaires de base.

Les Community Land Trusts (fiducies foncières) aux États-Unis et au Royaume-Uni qui retirent la propriété des terrains de la spéculation foncière, rendent accessible les logements pour les gens «ordinaires». Celle de Champlain, dans l’état du Vermont aux Etats-Unis, est une pionnière à cet égard. Elle permet d’avoir 2 200 logements à des prix abordables.

Les coopératives de solidarité en Italie qui livrent des services sociaux dans les communautés, tout en intégrant parmi les salariés des personnes désavantagées.

Le groupe de coopératives Mondragon au Pays Basque Espagnol est une coopérative de travailleurs appartenant à ses 70 000 travailleurs. En plus de la production industrielle, il existe une caisse d’épargne et de crédit, des écoles, ainsi que des activités de recherche et de développement.

Diverses coopératives financières d’épargne et de crédit, qui dans l’ensemble, n’ont pas été affectés par la crise de 2008, ou assez peu. Les auteurs mentionnent le réseau de 220 caisses d’épargne et de crédit communautaires des États-Unis, qui sont actifs dans les communautés défavorisées du pays. Les hypothèques sur les logements étaient saines et elles ont peu perdu, malgré l’augmentation du chômage dans ces communautés.

Les auteurs illustrent leurs propos avec de nombreux autres exemples. Néanmoins, les exemples cités ici permettent de comprendre que tout en luttant contre les forces dominantes qui perpétuent le modèle dominant, il est possible de vivre autrement.

Ces activités, comme le titre l’indique, sont plus résilientes, car elles reposent sur l’implication des personnes et des communautés. Également plus résilientes pour la planète, car elles illustrent qu’il est possible de vivre dans un monde plus équilibré, qui ne dépend pas de l’exploitation irraisonnée des ressources de la planète.

Canadian Center for Community Renewal-Centre canadien de renouveau communautaire (EN+FR)

communityrenewal.ca/resilience-imperative

New Economics Foundation (EN)

www.neweconomics.org/

Sources :

Bulletin International du Développement Local Durable n°92