Laurent Fraisse
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Au-delà d’un accord commun
pour critiquer une conception néo-libérale
qui veut laisser croire que l’économie
est une sphère autonome du politique
qui serait étrangère aux principes
démocratiques (droit de vote, débat
public et argumenté), Eve Durquety
(UR SCOP IDF) et John Goodman (Cooperative
UK) ont rappelé qu’historiquement
le mouvement coopératif étaient
issu, comme le mouvement syndical, du mouvement
ouvrier. A partir de la fin du XIXème,
les chemins des deux familles se sont plus
ou moins éloignés. Comme l’a
rappelé Christophe Aguitton, progressivement
l’Etat-nation est devenu au XXème
siècle le cadre de régulation
ou de dépassement du capitalisme selon
que l’on soit réformiste ou révolutionnaire.
Malgré un internationalisme affiché,
c’est bien au sein de l’espace
national que les luttes sociales s’organisent
et voient des débouchés à
leurs revendications. Or, la mondialisation
néo-libérale oblige les entreprises
d’économie sociale et les initiatives
solidaires, les syndicats et les ONG à
repositionner leur action à l’échelle
européenne et globale. D’un côté,
les coopératives sous la pression de
la concurrence des entreprises de capitaux
risquent de se banaliser si elles oublient
la dimension politique de leur action. Les
réussites micro-économiques
et la démocratie dans l’organisation
restent fragiles sans changements des régulations
économiques. A l’inverse, syndicats
et mouvements sociaux risquent de s’enfermer
dans une position purement protestataire si
elles n’intègrent pas dans leur
programme les alternatives économiques
existantes qui proposent d’autres manières
de produire, de consommer et d’épargner.
La construction d’un monde plus juste
et solidaire ne passe pas seulement par des
actions de résistance face aux méfaits
de la mondialisation mais aussi à des
changements dans ses actes économiques
quotidiens en tant que travailleur, consommateur
ou épargnant. Bref comme l’a
dit Alberto Zoratti (Roba dell’ altromondo),
il s’agit de proposer une utopie concrète
permettant aux gens d’agir ici et maintenant.
Sur ce point, les activités d’économie
solidaire et du commerce équitable
présentent l’intérêt
d’articuler activité commerciale
(vente de produit équitable), démarche
d’éducation populaire et actions
politiques comme la campagne de l’éthique
sur l’étiquette pour Artisans
du Monde (France) ou celle contre l’OMC
pour Roba dell’ altromondo (Italie).
Les convergences sont certaines entre les
initiatives qui cherchent à relocaliser
sur les territoires certaines activités
productives en construisant des circuits courts
de distribution avec les revendications du
mouvement écologiste. Sur ce sujet,
Eve Mitchell (Friends of the Earth UK) a dénoncé
l’insoutenabilité écologique
du modèle de développement des
échanges internationaux qui trop souvent
fragilise les savoir faire et les revenus
des petits paysans du Sud.
Les points de débats restent nombreux.
Face aux risques de substitution des entreprises
sociales aux services publics, notamment au
Royaume-Uni, Jean-Michel Joubier (CGT) interpelle
l’économie sociale et solidaire
dont la position apparaît ambivalente
sur le sujet. De même, le respect des
droits sociaux et des conditions de travail
des salariés de l’économie
sociale et solidaire ne correspond pas toujours
aux valeurs affichées. D’autres
participants s’interrogent sur la faiblesse
des réseaux de distribution des produits
du commerce équitable et du potentiel
de renouvellement des coopératives
de consommation dans les pays comme le Royaume-Uni
où elles existent encore. A l’inverse,
les syndicats ne peuvent plus se contenter
d’entériner la division entre
l’économique et le social et
de refuser de se positionner sur les questions
entrepreneuriale et de gestion. Dans un contexte
de globalisation où la responsabilité
sociale des entreprises se trouve posée,
les alliances syndicats, ONG de solidarité
internationale ou écologiste sont à
tisser.
Laurent Fraisse
http://www.socioeco.org/fr/contact.php#LaurentFraisse
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