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le début]
Cette tension entre activités officielles
et activités libres a atteint son paroxysme
à Mumbaï. Les grandes conférences se sont
toutes déroulées dans des salles immenses
mais vides, pendant que les allées du forum
ne désemplissaient pas, et que plusieurs activités
libres débordaient de participants.
Supprimer les activités officielles n'était
néanmoins pas sans risque, au premier rang
desquels celui de renforcer l'aspect confus
des forums. Ce risque était renforcé par le
fait qu'organiser le forum uniquement sur
la base d'activités proposées par ses participants
pouvait donner à certains le sentiment que,
toutes les activités étant sur le même plan,
elles étaient mises en concurrence les unes
avec les autres - concurrence pour être visible
et attirer des participants, concurrence pour
bénéficier d'une traduction prise en charge
par le forum, etc. En conséquence, cette suppression
des activités officielles pouvait tout à fait
nuire à la coordination des activités libres.
Consulter, s'inscrire, s'articuler
: participer!
De fait, l'enjeu était multiple. Il s'agissait
de construire le forum "par le bas", sur
la base des priorités des organisations participant
au forum, tout en faisant en sorte que chaque
organisation puisse préparer sa participation
très en amont et en lien avec d'autres organisations
préoccupées par des thématiques similaires.
Tout cela en incitant les participants à mettre
le forum - et sa préparation - à profit pour
élaborer des plans d'actions et faire émerger
des propositions.
Ce faisant, le processus d'organisation du
forum s'est organisé en trois phases, qui
devaient permettre de pallier ces risques.
La première étape a été la consultation.
Elle devait permettre de définir les grands
axes du forum sur la base des préoccupations
des organisations susceptibles d'y participer,
au lieu de ne les baser que sur la réflexion
des réseaux et mouvements qui participent
au Conseil International. Cette étape a été
un vaste succès (plus de 1800 organisations
y ont pris part), ce qui montre que nombreux
sont ceux et celles qui sont intéressés à
transformer le forum en un processus aussi
auto-construit que possible. La masse de réponses
n'a malheureusement pas permis de faire une
analyse méthodique et précise des résultats
de la consultation. La définition des 11 espaces
du forum s'est donc faite en tenant compte
de la consultation en y ajoutant des éléments
apportés par les membres des commissions contenu
et méthodologie du Conseil International.
La deuxième étape était celle des inscriptions.
Celle-ci devait précéder la troisième étape,
celle des articulations. Pour diverses raisons,
techniques et temporelles, ces deux phases
se sont déroulées simultanément. Plus de 4000
organisations se sont inscrites et ont proposées
près de 2650 activités. Onze listes de diffusion
ont été ouvertes, une par espace, pour faciliter
le travail de coordination de ces activités
- sur une base volontaire.
Par ailleurs, chaque jour du forum, un temps
de 2 heures, de 18 heures à 20 heures est
prévu pour permettre des rencontres libres
et spontanées entre les organisations qui
le souhaiteraient.
Le processus d'articulation n'a malheureusement
pas pu être mené aussi loin que prévu. Des
listes de discussion ont bien été ouvertes,
mais trop peu de temps avait été consacré
à penser les méthodes de facilitation de ces
articulations. Vous pouvez voir une tentative
d'approfondissement de ce processus sur le
site www.portoalegre2005.info.
Une telle démarche est très proche à ce que
le Pôle de Socio-économie Solidaires (PSES)
a fait au sein des réseaux promoteurs de l'économie
solidaire autour des deux derniers forums
sociaux mondiaux. Il s'agissait bien de systématiser
et d'étendre cette démarche à d'autres groupes,
à d'autres thématiques. L'expérience du PSES
le prouve néanmoins : si la création de liens
entre organisations travaillant sur des thèmes
similaires ou proches est indispensable à
l'élaboration d'alternatives concrètes, elle
ne va pas pour autant de soi, et ne peut se
faire que dans la durée et nécessite des moyens
et des méthodes adaptés.
Vive la mémoire!
La mémoire du forum, quant à elle, s'articule
autour de 3 projets :
L'ensemble des contenus issus de ces projets
seront accessibles via le site officiel du
forum, ainsi que directement sur le site www.memoria-viva.org.
Ces projets portant sur la mémoire des forums
s'inscrivent dans un mouvement d'ensemble
de réflexion sur les traces des forums, sur
la manière de les recueillir, sans qu'elles
ne se figent dans des archives, de manière
à ce qu'elles viennent alimenter le processus
des forums sociaux.
Le forum comme processus d'apprentissage
Les changements qui ont été introduits dans
le cadre de la préparation du forum montrent
un aspect central de la dynamique des forums
: il s'agit aussi d'un processus d'apprentissage.
Cela veut évidemment dire que tout ce qui
a été prévu au départ n'a pu être réalisé
: les organisateurs eux-mêmes apprennent des
changements qu'ils introduisent. C'est ce
qui explique, en partie du moins, les problèmes
mentionnés ci-dessus à propos de la consultation
ou de la phase d'articulation. Afin d'aller
plus loin, il aurait fallu plus assumer le
fait que, pour être un processus d'apprentissage,
les forums sociaux doivent également être
des espaces d'expérimentations, quitte à faire
des erreurs.
Malgré tout, la nouvelle méthodologie d'organisation
du forum est dès à présent un succès, en ce
qu'elle a permis une implication plus grande
de chaque organisation, et non des seuls organisateurs,
dans la construction du forum lui-même. Tous
ces éléments, s'ils sont repris et analysés,
permettront d'enrichir la dynamique d'ensemble.
Dans cette perspective, il importe que nous
inscrivions notre travail dans le long terme,
pour ne pas dédier l'ensemble de notre temps
et de notre énergie à la préparation d'un
seul et unique forum.
La participation pionnière du PSES
Le PSES a toujours travaillé au sein des
forums sociaux pour regrouper, comparer, discuter,
et échanger parmi les différents acteurs de
l'économie solidaire. Cette année, le réseau
essaiera de porter cette dynamique, "d'aller
vers les autres" encore un peu plus, en organisant
des activités avec des groupes qui ne s'identifient
pas nécessairement à l'économie solidaire,
mais qui ont en commun avec le PSES le souci
de trouver des alternatives économiques globales,
plus justes et plus humaines, comme, par exemple,
l'International Forum on Globalization (IFG).
* Nicolas Haeringer
http://allies.alliance21.org/fsm/article.php3?id_article=193
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