Marcos Arruda,
février 2007
J'ai été invité à participer au FSM 2007 par
le Conseil Oecuménique des Églises (COE).
Le programme de promotion de la Justice Économique
du COE m'a demandé d'intervenir sur le thème
de la Richesse, de la Pauvreté et de l'Écologie,
du point de vue de l'Économie Solidaire. J'ai
aussi été appelé à participer à une conférence
sur un Commerce équitable pour un Monde plus
Juste. Je me concentrerai sur les activités
liées à l'économie solidaire.
Propositions pour une semaine mondiale
de l'économie solidaire en 2008
Le 22 janvier au soir, j'ai assisté
à une rencontre de plusieurs réseaux,
avec une quarantaine d’autres personnes
en provenance des différents continents
pour discuter le programme du Forum Social
Mondial 2008 décentralisé. Nos
réseaux sont d’accord d’appuyer
un Jour de Mobilisation Mondiale FSM au nom
de la dignité et des droits des peuples.
Nous avons aussi décidé d’organiser
une semaine décentralisée sur
le thème de la Sécurité
et de la Souveraineté alimentaire et
de la Consommation responsable, ces deux événements
coïncideraient avec le FEM de Davos 2008.
Nous avons l'intention de donner une visibilité
maximale à ces initiatives, leurs acteurs,
leurs produits et services et leurs campagnes.
Cette semaine vise à transformer la
consommation responsable en un acte politique
et à stimuler la consolidation d’une
production, d’un commerce et d’une
finance responsables.
"Notre vision partagée est d’aller
au-delà du capitalisme vers un monde
solidaire. Nous espérons non seulement
qu'un autre monde est possible, mais qu'une
autre économie, une autre société,
une autre coopération et une autre
consommation sont une nécessité
vitale pour la planète.
À travers une Économie Solidaire,
nous démontrons et nous vivons non
pas une mais des milliers d'alternatives directes
et concrètes de construction
de ce monde possible." ("Alternatives
économiques", synthèse
des Réseaux d’ES présents
à Nairobi, 2007).
Conférence "Commerce
Équitable pour un monde plus juste"
Cet événement a rassemblé
près de 400 personnes. Le panel était
composé de Jane Nalunga (Ouganda),
Walden Bello (Focus on the Global South, Philippines),
Mohau Pheko (Afrique du Sud), Osvaldo Martinez
(Cuba), Carlos Aguilar (Costa Rica), Oduor
Ong'wen (Kenya), David Nalo (Kenya), Yash
Tandon (Ouganda), Marcos Arruda (Brésil).
La plupart des intervenants ont centré
leurs critiques sur les accords de libre-échange
et leurs effets désastreux sur les
économies du Sud. Laissez-moi mentionner
brièvement trois intervenants.
Walden Bello a critiqué
les ALEs et l'OMC qui véhiculent des relations
néolibérales qui sont pernicieuses pour le
Sud; il a parlé d'optimisme en parlant des
négociations de la rencontre de Mar del Plata
sur les accords du ZLEA, au vu de la résistance
des pays agro-exportateurs du Sud. Il a aussi
mentionné les protestations populaires en
Thaïlande contre l'accord de libre-échange
bilatéral qui serait signé sur la base de
concessions inacceptables faites aux USA.
Les manifestations ont provoqué la démission
du gouvernement thaïlandais. Carlos
Aguilar a montré comment aujourd'hui
les Mexicains paient un prix trop élevé pour
une denrée de base, le maïs, étant donné que
le gros de la production part à l'exportation,
comme prévu dans le cadre des accords de l'ALENA
pour être transformé en éthanol destiné à
produire du biocombustible aux USA. Osvaldo
Martinez a décrit le libre-échange
comme une caricature et un sophisme, montrant
que les principaux acteurs commerciaux - les
entreprises transnationales - contrôlent plus
de 2/3 du commerce mondial par l'intermédiaire
d'échanges inter-entreprises. Il a mentionné
l'expérience latino-américaine d'intégration
solidaire (ALBA, Cuba, Vénézuéla, Bolivie)
comme formes innovatrices d'intégration opposées
à la logique du "libre-échange" - échanges
de pétrole (Vénézuéla) pour des professeurs
et des médecins (Cuba), par exemple - et a
déclaré que l'ALBA est une façon de supplanter
les ALE sur le continent.
Dans mon intervention, j'ai parlé principalement
des alternatives :
Depuis la Grèce ancienne, le commerce
a été une activité destinée à accumuler
des profits et de la richesse matérielle.
Il est peut-être plus approprié de parler
d'échanges (intercambios) pour décrire des
échanges qui cherchent à développer des
avantages mutuels et la satisfaction des
vrais besoins de l'être humain. Ceux-ci
sont comme une partie biologique de l'activité
générale du développement socio-économique,
dirigée à satisfaire les besoins et à partager
le bien-être et l'abondance de biens matériels
et immatériels.
Dans une économie solidaire, la richesse
immatérielle - la connaissance, la communication,
la beauté, l'amitié, l'affection, le sens
de la communauté - est le but de la production,
par l'échange et la consommation des biens
matériels nécessaires pour soutenir la vie.
Ce qui donne de la valeur aux biens, aux
services et à la connaissance qui vont être
échangés, c'est le travail humain, la connaissance
et la créativité. Le commerce est équitable
seulement s'il sert le développement humain
et écosocial.
Il ne peut y avoir un système authentique
de libre-échange que si la propriété des
biens et des ressources productives est
partagée et n'est pas concentrée entre quelques
mains. Au niveau des chaînes de production
coopératives et des marchés solidaires,
les échanges entre coopératives rendent
possible l'utilisation d'un mécanisme de
formation du prix qui n'inclut ni l'exploitation
ni la valeur de surplus. La base du calcul
doit être le coût de production - plutôt
que le profit maximal - auquel est appliqué
une marge équitable et négociable; partout
où cela est possible, le critère utilisé
doit être le coût total (qui inclut les
coûts sociaux et environnementaux), celui-ci
mène à de nouveaux choix sur quoi et comment
produire; et mène aussi à une relation d'échange
qui encourage les avantages mutuels, et
duquel bénéficient aussi bien le vendeur,
que l'acheteur et l'environnement écosocial
(il existe des exemples d'échange équitable
au Pérou, en Équateur, au Brésil, entre
le Mexique et les USA, en Espagne).
Quant aux échanges internationaux,
un exemple d'échanges équitables entre le
Nord et le Sud est l'expérience de la Coalición
Rural qui réunit des ouvriers agricoles
et des indigènes du Mexique et des États-Unis.
L'exemple de l'ALBA a déjà été cité.
A Nairobi, j'ai consacré mon temps principalement
aux activités du Réseau Jubilé. Je considère
que le programme du Réseau sur la Dette et
les IFIs était très réussi, en particulier
sa perspective tendant à penser plus en profondeur
le thème, à partager ces idées, ainsi qu'à
développer des relations plus rapprochées
entre les réseaux nationaux et continentaux
pour une action concertée. J'ai participé
aux événements suivant :