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Innovations et transformations sociales dans le développement économique et le développement social : approches théoriques et politiques publiques

Les Cahiers du CRISES Collection Études théoriques

Benoît Lévesque, 2005

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S’interroger sur les rapports entre innovations et transformations sociales peut apparaître à contre- courant des tendances lourdes puisque les innovations ont apparemment conquis l’espace occupé jusque-là par les grandes transformations, voire le changement révolutionnaire (Lévesque, 2004). L’intérêt croissant des chercheurs et des pouvoirs publics pour les innovations de même que la préoccupation pour les « révolutions minuscules », notamment dans les conditions de vie, se seraient réalisés au détriment de l’attention portée jusque-là aux grands projets de société (Beaulieu,2004 ; Comeau, 2004). Même si à première vue il semble en être ainsi (Fukuyama, 1992 et 2004), nous faisons l’hypothèse que les innovations sont non seulement centrales dans le nouveau paradigme sociétal en émergence mais aussi parties prenantes des grandes transformations en cours (Bellemare et Briand, 2004). Autrement dit, les innovations seraient devenues une des principales voies à partir desquelles les sociétés et leur économie se refont, ce qui n’est pas sans entraîner des « destructions créatrices » selon l’expression de Schumpeter. Sans doute, la primauté accordée aux innovations technologiques et économiques tend à infirmer cette hypothèse, notamment en occultant l’importance des innovations institutionnelles et des politiques publiques en la matière.

Pour donner un aperçu des rapports entre les innovations et les transformations sociales, il est nécessaire de prendre en considération au moins deux champs de recherche, celui du développement économique et celui du développement social, où la notion d’innovation est devenue incontournable, principalement à partir des années 1980 (Osborne, 1994 ; Kline et Rosenberg, 1986). Dans ces deux champs de recherche, les chercheurs ont souvent mené leur recherche en partenariat avec les milieux concernés de sorte que la théorisation des innovations résulte souvent d’une co-construction de la part des chercheurs, des intervenants et des pouvoirs publics (Mytelka et Smith, 2003). Cette hypothèse nous invite à accorder une place plus importante aux innovations sociales (innovations organisationnelles et innovations institutionnelles) que celle accordée par la littérature. Enfin, le fait que le terme innovation, soit « l’un des mots les plus utilisés1 » et qu’il soit devenu « porteur d’un regard positif » (Cros, 2002 : 213) correspondrait non seulement à la transition d’un modèle de développement (en crise) à un autre en émergence mais aussi à l’une des spécificités de ce nouveau modèle2. Autrement dit, la référence quasi constante aux innovations ne relèverait pas d’une simple mode (transition) mais d’un modèle dont l’une des caractéristiques marquantes serait de faire appel de manière relativement constante et continue à l’innovation dans le développement économique comme dans le développement social.