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Mons accueille la première Accorderie belge : lutter contre la précarité tout en créant du lien social

RTBF, 1 mars 2017

Corinne Gerbinet, mars 2017

La vidéo : 8min21

 

 

Savez vous ce qu’est une Accorderie ? Le concept est né au Québec en 2002. Une Accorderie, c’est un réseau d’échange de services entre habitants d’un même territoire. Autrement dit, je fais une heure de babysitting chez un accordeur, en échange, un autre accordeur donnera une heure de cours d’anglais à mon petit dernier. Il s’agit donc d’un échange de savoir faire, mais l’Accorderie a aussi une finalité sociale. Il n’en n’existe qu’une en Belgique, elle est à Mons. Nous sommes allés voir comment elle fonctionne.

Le jour où nous nous sommes rendus à l’Accorderie de Mons, nous avons trouvé une poignée d’accordeurs occupés à fabriquer des masques de carnaval. C’est Assunta qui anime l’atelier. Elle met son savoir faire au service des autres accordeurs pour leur apprendre à fabriquer eux-mêmes leurs masques. Leurs réalisations seront ensuite vendues sur place où lors de différentes manifestations montoises. Une façon de faire rentrer quelques sous et d’aider l’ASBL à fonctionner.

Un maître-mot : l’échange

Les ateliers ne sont qu’un aspect du fonctionnement de l’Accorderie. Ici, on échange des savoir faire, et surtout on échange des services. Sam est passionné d’informatique. Ce matin, il est venu dépanner le pc d’un accordeur. En échange, il pourra bénéficier d’un autre service. Le dernier en date : du covoiturage avec Sarah quand sa voiture a du faire un séjour au garage. En échange, chacun reçoit un chèque-temps

Ici, pas d’argent, juste du temps

La seule monnaie en cours à l’Accorderie c’est le temps consacré au service rendu. Une heure de cuisine vaut une heure de cours d’anglais, par exemple. Les demandes s’échangent via le site internet de l’Accorderie. Dans l’espace membre, chacun indique ses domaines de compétence, mais aussi ses demandes spécifiques. Pierre voit ainsi une demande pour un travail de carrelage, c’est justement ce qu’il aime faire. Il téléphone immédiatement à l’accordeur qui a fait la demande et ils conviennent d’un rendez-vous.

Comme les SEL, l’encadrement en plus

L’échange de service via internet ça existe déjà, via les SEL, notamment, les Services d’Échange Locaux. Les plus de l’Accorderie, c’est d’abord un local mis à disposition des accordeurs, et la présence de Sarah. Elle est employée par la ville de Mons et a pour fonction de coordonner les services de l’Accorderie, et d’encadrer les accordeurs : « Mon rôle, c’est de les accueillir et de les aider », explique Sarah, la coordinatrice de l’Accorderie de Mons, « je suis vraiment là en soutien, pour dire de coordonner, d’envoyer des mails, d’inviter les gens, leur dire ce qui se passe à l’Accorderie, vraiment leur apporter un soutien administratif ». Et si certains n’ont pas accès à internet de chez eux, un PS est à leur disposition au local et Sarah est là aussi pour les guider si besoin et leur permettre d’accéder à leur « espace membre ».

Le lien social en plus

Tous les accordeurs présents insistent aussi sur l’importance des relations humaines. La convivialité est au centre de toutes les activités et créer un lien social est un autre objectif de l’Accorderie. Tous les mois est organisé « le pot de l’Accorderie », une soirée au cours de laquelle les accordeurs se retrouvent et échangent autour d’un verre : l’occasion de faire connaissance et de faciliter les échanges. « Certains accordeurs vivaient dans le même quartier, voire la même rue sans se connaître », nous explique la coordinatrice, « ils ont fait connaissance via l’Accorderie et certains sont même devenus amis ».

De 18 à 70 ans … ou plus !

L’Accorderie de Mons a été inaugurée à la fin du mois de septembre dernier. Elle compte aujourd’hui 78 membres (54 femmes et 24 hommes). Le plus jeune a 18 ans, le plus âgé va fêter ses 70 printemps ! L’Accorderie montoise étant la première à avoir vu le jour en Belgique, elle est rattachée au réseau français en attendant l’arrivée de petites sœurs belges, qui permettraient la création d’un véritable réseau chez nous aussi.

Article de la RTBF