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Myosotis Services pour changer d’échelles dans la mise en œuvre de services locaux émanant de la société civile

Atelier 7 Lux’09

Géraldine Lechevalier, avril 2009

A l’origine, des ingrédients pour le développement de capacités à devenir acteurs économiques et sociaux

1995 – Fondation de L’ARBRE une initiative d’habitants en Basse Normandie que Géraldine Lechevalier animera huit années ; un lieu de paroles pour l’expression des besoins dans lequel la pensée de chacun s’élabore. Les porteurs de projets font l’apprentissage de construire collectivement des solutions adaptées à leurs contextes ; centre de loisirs, activités artistiques, permanence juridique, évènements culturels … l’ARBRE adhère à l’ARDES et accroche sa dynamique rurale à une autre dynamique urbaine via un programme européen NOW Parallèlement, elle contribue à l’ADSP à une réflexion sur la notion de territoire et l’émergence d’acteurs sociaux en France.

1997 des femmes décident d’échanger sur la difficulté de prendre soin d’un parent, d’un usager de service à domicile ou d’un résident en institution. Elles affirment qu’il n’est plus possible de concilier pratiques professionnelles et éthique personnelle tant les rythmes de travail et les fonctionnements institutionnels génèrent de la souffrance. Ils portent atteinte à la dignité des personnes, à leur autonomie, à leur liberté de choix de vie.

1998, après une étude des besoins et des services existants sur le territoire, elles créent l’association Myosotis et ouvrent un service d’accompagnement à domicile pour les personnes dépendantes. Cette initiative devait résister à la levée de boucliers des responsables des services en place depuis des décennies, au monopole de la plus importante structure d’aide à domicile et aux liens étroits qu’elle entretient avec les élus des collectivités locales. Myosotis renforce alors sa motivation dans un dispositif d’essaimage. ETRE, association urbaine âgée de sept ans, qui après une expertise menée avec le CRIDA et ADSP encourage la création de services d’économie solidaire plutôt que développer sa propre organisation pour ne pas nuire à la qualité des relations avec les usagers. Cette solidarité a construit un socle de valeurs communes capables de sensibiliser les institutions, les élus des collectivités locales, de former des bénévoles et salariés des services.

Myosotis Services et l’accompagnement à domicile des personnes dépendantes.

Myosotis, présidée depuis 2006 par Géraldine Lechevalier est un service agréé par le Préfet. Son mode mandataire cherche à respecter l’autonomie de la personne accompagnée. Myosotis recrute le personnel qui l’accompagnera dans les gestes de la vie quotidienne. Les usagers adhèrent à l’association. Son administration est bénévole et la gestion de service est assurée par trois salariées : une directrice encadre le personnel, veille sur la qualité du service et met en oeuvre les projets, une coordinatrice sociale met en place et suit les missions, une animatrice de réseau d’assistants.es de vie les recrute et les accompagne dans un parcours professionnalisant.

Un enjeu : faire évoluer les mentalités et les pratiques professionnelles pour affirmer « la vieillesse n’est pas une maladie mais elle n’est pas non plus une marchandise ». Face au déficit budgétaire de l’Etat Français, de la sécurité sociale, à l’augmentation exponentielle des prises en charges de la dépendance, les gouvernants actuels répondent par la rationalisation des dépenses et l’ouverture des services au marché. Or, la notion du temps pour prendre soin, l’éducation à la prévention des risques, l’écoute des besoins, le respect de la personne en tant que sujet de sa vie, la qualité de relations interpersonnelles, sont des notions qui s’accommodent mal avec les logiques de rentabilité immédiate. C’est pourquoi, à l’échelle locale Myosotis tente d’aider à la remise en cause de comportements individuels et collectifs qui vont à l’encontre du bien être des personnes.

Changement en cours vers la reconnaissance du métier des assistantes de vie :

La procédure de recrutement valorise la compétence et ne laisse plus croire que parce qu’on sait faire le ménage à la maison ou que l’on s’est occupé d’un parent âgé, on saura accompagner dans le cadre professionnel. Certes l’expérience est importante mais elle ne suffit pas. Une procédure s’établit en 3 temps : 1) information des candidats sur le métier et le fonctionnement du service 2) Si confirmation de la candidature présentation d’une lettre de motivation et CV 3) Un entretien d’embauche évalue les compétences, disponibilités, attentes des candidats.es. Si recrutement, l’entrée dans le réseau d’assistants.es de vie ouvre l’accès à des missions et à des formations ponctuelles. Procédure d’accompagnement à la Validation des Acquis de l’Expérience ( VAE)

Les parcours des assistants.es de vie en poste sont suivis individuellement. Une gestion informatique alimente en données utiles un portefeuille de compétences comprenant : diplômes obtenus, expériences personnelles et professionnelles, formations etc. Le nombre d’heures de travail est tenu à jour et dès que l’assistant.e atteint 3000 H et que son niveau de compétence le permet, elle sera encouragée à entrer dans une procédure de VAE, sera accompagnée par Myosotis pour monter son dossier, le rédiger, préparer l’oral des jurys d’examens.

2008 Expérimentation d’une formation « Devenir Assistant.e de vie »

Grâce à la mesure 10 B du programme européen Micro Projets, des demandeurs d’emplois ont été informés sur ce métier en pleine mutation. L’ingénierie de la formation implique des acteurs locaux, publics et privés. L’approche pédagogique encourage les échanges comme mode d’appropriation de la connaissance. 160 heures et un stage pratique ont ouvert les chemins de la connaissance en communication, sur les gestes techniques, les droits des usagers, les droits du travail, les politiques publiques … donnant aux stagiaires les moyens de relier ce métier aux enjeux locaux et nationaux, aux perspectives d’emplois, aux exigences de la législation.

Un Forum de l’aide à domicile pour élaborer une conscience collective et devenir territoire acteur _* Dix mois de préparation pour construire collectivement en 2008 une occasion de débattre autour de 3 grandes questions :

Quel regard la société française porte t-elle sur la vieillesse et les personnes âgées ? Quels liens entre ce regard et celui porté sur le métier d’assistants.es de vie qui les accompagnent ?

Les ressources humaines sur le territoire garantiront elles le maintien à domicile de tous ceux qui le désirent ? Quelle économie locale développer et quelles valeurs voulons nous qu’elle véhicule ? Une journée qui a donné lieu à la présentation d’activités, d’organisations, d’institutions de soin, de santé, d’éducation.

Un début de reconnaissance de l’expertise citoyenne.

Un élu du Service Economique d’une collectivité locale saisit l’opportunité de ce forum. Il invite Myosotis à continuer le travail ensemble pour renforcer l’économie locale. Avec le Pôle Emploi un second forum est organisé dédiant un espace « services aux personnes » avec une tribune dans la presse locale pour exposer les perspectives et les limites du développement de l’emploi dans les services aux personnes.

Le Conseil de Développement du Pays coopte en janvier 2009 la Présidente de Myosotis au titre de personne qualifiée pour participer à la réflexion sur la mise en place de la politique de développement des services.

Mutualisation de l’expérience et capitalisation à l’échelle nationale et européenne.

Depuis 1998, l’ARBRE et Myosotis ont contribué à la dynamique des Pactes Locaux. Le changement d’échelles mis en œuvre par la Plate Forme pour contribuer à la préparation de Lux’09 sur l’atelier 7 « démocratie participative et ancrage territorial » a des effets leviers en Basse Normandie. Elle imprègne les pratiques locales de Myosotis et de son réseau.

La recherche scientifique pour accroître les connaissances et renforcer la légitimité des acteurs locaux. Une Recherche Action Coopérative « Ecologie Santé Vieillissement » est conduite par G. Lechevalier au titre d’INTERFERT avec le CERReV . Elle cherche à valoriser des parcours collectifs d’acteurs territorialisés. Elle ouvre des voies alternatives à l’approche de soin et à la mise en œuvre d’économies locales autour des services aux personnes.

Continuer à faire évoluer les politiques publiques en activant les leviers du local au national à l’Europe et organiser les remontées des besoins. Pour cela, il sera important d’entretenir la dynamique de changement d’échelles des initiatives locales au-delà de Lux09. INTERFERT pourrait y contribuer sur la thématique de la recherche « Ecologie – Santé – Vieillissement ».

Sur le territoire les acteurs agissent le plus souvent chacun dans leurs sphères d’intérêts et de compétences. Ils ont peine à se relier pour imaginer un avenir commun social, politique et économique. Les initiatives prises par INTERFERT et Myosotis, depuis trois ans, ont permis de repérer des acteurs volontaires pour cheminer ensemble. Elles ont permis d’amorcer un processus coopératif à partenaires multiples. La reconnaissance de la capacité de Myosotis à agir localement sur la thématique des services aux personnes, et celle d’INTERFERT proposant au territoire de s’associer à ses travaux de recherche donne une légitimité plus grande pour poursuivre le processus. Cependant, dans une conjoncture particulièrement difficile, la dynamique pourrait s’affaiblir car elle impose de s’installer dans la durée, demande un investissement matériel et immatériel et des moyens financiers ? Comment les acteurs multiples concernés peuvent se donner les moyens de combiner leurs énergies, renforcer leur efficacité pour promouvoir et pratiquer une économie locale plus consciente des défis environnementaux et humains ? Faut il lorsque des initiatives de la société civile sont prises et engagées accepter qu’elles soient récupérées par les institutions ? Comment passer la main sans perdre le sens construit progressivement et partagé par les initiateurs ?

Comment dépasser les clivages et entrer en dialogue avec des acteurs, dont les logiques différent mais qui manifestent au moins publiquement la volonté de re questionner leurs pratiques ?