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Les usages du PIB. Tome I.

Rapport Complet.

Pierre Lachaize, Julien Morel, avril 2013

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Résumé :

Le PIB, un périmètre critiquable

Première constatation, les mesures de croissance, c’est-à-dire la variation du PIB, sont sujettes à de fortes incertitudes : entre les données « à chaud » (typiquement les données sur les trimestres les plus récents) et les données révisées 3 ans après, les écarts peuvent être significatifs, de quelques dixièmes de point, c’est-à-dire du même ordre de grandeur que les données déclarées.

Par ailleurs, la méthodologie de mesure du PIB est elle aussi critiquable, notamment sur le caractère arbitraire des périmètres. Le PIB se définit comme la somme de toutes les valeurs ajoutées au sein du territoire national, entreprises, services publics et productions des particuliers comprises (valeur ajoutée = valeur de la production diminuée des consommations intermédiaires ; voir les définitions du site de l’Insee pour plus de détails). Cette définition, très large, amène à recourir à des artifices méthodologiques qui peuvent surprendre : par exemple, au niveau du calcul du PIB, locataires et propriétaires sont tous considérés comme payant un loyer (comme si les propriétaires se louaient à eux-mêmes leur logement). En outre, on est amené à traiter sur le même plan des productions marchandes, mesurées par rapport à un prix de marché, et des services publics, évalués par rapport à ce qu’ils coûtent en dépenses publiques (la « valeur » de l’enseignement que diffuse un enseignant est par exemple étalonnée à son salaire). Enfin, le PIB prend en compte les activités souterraines avec une comptabilité qui intrigue : il estime le jardinage du dimanche, mais pas la cuisine domestique, activité qui était traditionnellement plutôt réalisée par des femmes. Le PIB serait-il sexiste ?

Ainsi, le PIB est par construction un indicateur qui pose problème : on peut lui reprocher de ne pas mesurer le troc, le travail bénévole, ou plus généralement, de ne pas être le reflet de l’état des liens sociaux et de celui de notre environnement. Dès lors, quelle est la pertinence de cet indicateur pour évaluer le « bien-être » au sein d’une économie ? Question d’autant plus légitime que le PIB ne donne pas d’alertes en termes de risques sanitaires, sociaux, politiques et environnementaux : un PIB qui croîtrait sans cesse, au contraire, c’est en première approximation autant de ressources consommées en plus. Par exemple, une croissance de 3% par an correspond à un doublement des ressources utilisées annuellement en 23 ans !

Un résumé à l’attention des décideurs est également disponible ici

Sources :

Site de The Shift Project www.theshiftproject.org