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Les organismes communautaires et la transformation de l’État-providence Trois décennies de coconstruction des politiques publiques dans le domaine de la santé et des services sociaux

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Christian Jetté, Presses de l’Université du Québec, 2008

La question de la reconnaissance et du financement des organismes communautaires fait l’objet d’âpres débats au Québec et ailleurs depuis plus de 30 ans. Dans le contexte de transformation des États-providence, qui a cours depuis les années 1980, ces débats se sont intensifiés et ont pris une dimension politique fondamentale. Vecteurs de privatisation et de démantèlement des services publics pour les uns, acteurs importants du tiers secteur – aux côtés des secteurs public et privé – participant au renouvellement des pratiques et des politiques sociales pour les autres, leur évolution s’inscrit au cœur même des grands enjeux sociétaux qui traversent nos sociétés. Pourtant, la lecture qui a été faite jusqu’à présent de cette évolution tend à occulter l’ampleur et la nature même des interactions dynamiques qui ont, depuis leurs débuts, marqué les rapports des organismes communautaires avec l’État québécois, notamment avec le ministère de la Santé et des Services sociaux. À cet égard, rien peut-être ne rend mieux compte de cette interaction dynamique de coconstruction des politiques publiques que la mise en place du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC). Programme à vocation résiduelle s’adressant à moins d’une centaine d’organismes au moment de sa création en 1973, il constitue aujourd’hui le plus important programme de financement du gouvernement québécois consacré aux milieux communautaires, versant plus de 300 millions de dollars à environ 3000 organismes.

S’appuyant sur un impressionnant corpus de données statistiques et documentaires ainsi que sur une quarantaine d’entrevues effectuées auprès d’acteurs des milieux gouvernementaux et communautaires, ce livre a pour ambition d’analyser l’essor des organismes communautaires – et du PSOC – à travers toutes les phases de développement de l’État-providence : de son émergence au début des années 1970 jusqu’à son déclin (du moins, dans sa forme traditionnelle) et sa redéfinition au cours des années 1990 et 2000. Ce faisant, l’auteur restitue à l’histoire des milieux communautaires toute sa richesse et sa densité, tout en démontrant que leur reconnaissance s’est construite à l’intersection d’intérêts parfois contradictoires, mais toujours dans le cadre d’une interaction décisive avec l’État que ni l’un ni l’autre des protagonistes n’a jamais réussi à maîtriser totalement.